La pierre et les actifs numériques, comparés honnêtement

Publié le 7 August 2026 · par Thibault Marchand

La pierre et les actifs numériques, comparés honnêtement
En bref

Tout oppose ces deux classes d’actifs : le rendement, la liquidité, les frais, le levier et la fiscalité. Les comparer n’a de sens que critère par critère, et le résultat ne désigne pas un gagnant mais deux usages différents dans un même patrimoine.

Le rendement n’a pas la même nature

Un bien locatif produit un revenu récurrent, le loyer, auquel s’ajoute une éventuelle plus-value à la revente. Un actif numérique ne produit rien : sa performance vient entièrement du prix. Cette différence n’est pas une question de niveau mais de nature, et elle change la façon dont chacun se comporte dans un patrimoine.

Un revenu récurrent permet de traverser une baisse sans vendre, parce qu’il continue de tomber pendant que la valeur recule. Un actif sans revenu impose au contraire de vendre pour percevoir quoi que ce soit, donc de choisir un moment. C’est la raison pour laquelle un patrimoine composé uniquement d’actifs sans revenu est plus difficile à tenir dans la durée qu’un patrimoine mixte.

La liquidité joue dans les deux sens

Un actif numérique se cède en quelques minutes, un bien immobilier en plusieurs mois, avec des frais de mutation qui absorbent près de huit pour cent du prix dans l’ancien. Sur ce critère, l’avantage paraît net, et il l’est pour qui doit mobiliser une somme rapidement.

Mais la liquidité a une contrepartie que les épargnants sous-estiment : elle rend la vente possible à tout moment, y compris au pire. L’illiquidité de la pierre a protégé beaucoup de patrimoines contre leurs propriétaires, en rendant matériellement impossible la vente de panique. Ce qui est un défaut technique est parfois une qualité comportementale.

Le levier n’existe que d’un côté

C’est la différence la plus structurante, et la plus rarement mise en avant. Un particulier peut emprunter à taux fixe sur vingt ans pour acheter un bien, avec un apport limité, et rembourser en partie grâce aux loyers. Aucun établissement ne prête dans des conditions comparables pour acquérir des actifs numériques, et les mécanismes de levier proposés sur ces marchés sont d’une tout autre nature, avec liquidation automatique de la position.

Ce levier explique une part considérable des patrimoines immobiliers constitués en France, et il n’a aucun équivalent ailleurs. Une comparaison de rendements bruts qui l’ignore passe donc à côté de l’essentiel.

Les frais réels, des deux côtés

Un investissement locatif supporte des frais d’acquisition, la taxe foncière, l’assurance, les charges non récupérables, l’entretien, la vacance locative et, le cas échéant, les honoraires de gestion. Un calcul de rendement qui rapporte le loyer annuel au prix d’achat surestime systématiquement la réalité, souvent d’un tiers.

Un actif numérique supporte des frais de transaction, un écart entre prix d’achat et prix de vente, des frais de retrait et éventuellement le coût d’un support de conservation. Ces frais sont plus faibles, mais ils se répètent à chaque arbitrage, ce qui les rend coûteux pour qui bouge souvent.

Questions fréquentes

Peut-on emprunter pour acheter des actifs numériques ?

Pas dans les conditions d’un crédit immobilier. Les prêts adossés à ces actifs existent mais fonctionnent par collatéralisation, avec appel de marge et liquidation automatique si la valeur du gage baisse : c’est un mécanisme de marché, pas un crédit amortissable à taux fixe.

L’immobilier tokenisé règle-t-il la question ?

Il apporte la divisibilité et une cession plus simple, mais il ne fait disparaître ni les frais réels du bien sous-jacent, ni la vacance, ni l’entretien. Il ajoute en revanche un risque d’intermédiaire et une liquidité qui reste dépendante de l’existence d’un acheteur.

Faut-il arbitrer l’un contre l’autre ?

La question se pose rarement en ces termes, parce que les deux ne remplissent pas la même fonction : l’un produit un revenu et supporte un levier, l’autre est une ligne de conviction très volatile et mobilisable. Un patrimoine peut loger les deux, à condition que la seconde reste dimensionnée sur la perte supportable.

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L’auteur

Thibault Marchand

Thibault Marchand écrit sur la place des actifs numériques dans un patrimoine. Il part toujours d'une situation d'épargnant plutôt que d'un cours de marché : ce qui est déjà là, ce qu'une ligne supplémentaire change, et ce qu'elle coûte en cas de mauvaise année. Il ne recommande aucun achat, ne publie aucune prévision et ne renvoie vers aucune plateforme.

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