Conserver ses clés sans perdre son patrimoine
C’est la partie du sujet où une erreur ne se rattrape pas : aucun intermédiaire ne rembourse, aucun service client ne réinitialise. La conservation se traite comme un problème de sauvegarde et de succession, pas comme une question de matériel.
Ce qu’il faut sauvegarder, et ce qui ne sert à rien
L’élément à protéger n’est pas l’appareil mais la phrase de récupération, cette suite de mots générée à la création du portefeuille. Elle permet de reconstituer l’intégralité des clés sur n’importe quel autre appareil. Sauvegarder l’appareil, le cloner ou en faire une image disque n’apporte donc rien de plus, et multiplie les copies à protéger.
Corollaire souvent mal compris : quiconque obtient cette phrase obtient les avoirs, immédiatement et sans recours. Elle ne se saisit jamais sur un site, ne se photographie pas, ne se stocke pas dans un gestionnaire de mots de passe synchronisé, et ne s’envoie sous aucune forme, y compris à un support technique qui la demanderait. Aucun service légitime ne la demande, jamais.
Deux copies, deux lieux, aucun écran
La règle de sauvegarde applicable ici est la même que pour n’importe quelle donnée irremplaçable, avec une contrainte supplémentaire : la copie ne doit pas être numérique. Une inscription sur papier de qualité, ou gravée sur métal pour résister à l’eau et au feu, conservée en deux exemplaires dans deux lieux distincts, couvre à la fois la perte, l’incendie et le vol.
Deux lieux distincts signifie deux bâtiments, pas deux tiroirs. Un coffre bancaire convient pour la seconde copie ; il faut alors vérifier les conditions d’accès des héritiers, qui varient selon les établissements et selon que le coffre est ouvert au nom d’une ou de deux personnes.
L’hameçonnage, qui est la cause la plus fréquente
Les pertes constatées viennent rarement d’une faille technique et presque toujours d’une manipulation de l’utilisateur : un faux site dont l’adresse diffère d’un caractère, une fausse mise à jour de portefeuille, un message annonçant un incident de sécurité et invitant à saisir la phrase de récupération pour sécuriser les fonds. Le prétexte est toujours l’urgence.
Deux habitudes suffisent à écarter l’essentiel du risque. Ne jamais accéder à un service par un lien reçu, mais par une adresse tapée ou un marque-page enregistré à froid. Et considérer toute demande urgente comme un signal d’alerte, particulièrement lorsqu’elle porte sur la sécurité de vos avoirs.
Organiser l’accès en cas de décès
Un patrimoine qui n’est accessible qu’à une seule personne disparaît avec elle. La difficulté est qu’une phrase de récupération transmise de son vivant, c’est un accès donné de son vivant : le dispositif doit donc séparer l’information de son moment d’usage.
Les solutions pratiques existantes reposent sur la même idée : déposer chez un notaire une enveloppe scellée décrivant l’emplacement des copies sans les contenir, ou répartir la phrase en fragments dont un nombre minimal est nécessaire pour la reconstituer. Dans les deux cas, l’essentiel est d’écrire une note explicative destinée à quelqu’un qui ne connaît pas le sujet, et de la mettre à jour quand la configuration change.
Questions fréquentes
Un portefeuille matériel est-il indispensable ?
Il n’est pas indispensable, il réduit une surface d’attaque précise : la signature s’effectue dans l’appareil, la clé n’est jamais exposée à l’ordinateur. Cela ne protège pas d’une phrase de récupération mal conservée, qui reste le point de défaillance principal quel que soit le matériel.
Peut-on conserver sa phrase dans un gestionnaire de mots de passe ?
C’est déconseillé pour une phrase de récupération : elle devient alors accessible à quiconque compromet le coffre-fort numérique ou la session synchronisée. La conservation hors ligne, en deux exemplaires physiques dans deux lieux, reste la référence.
Que faire en cas de doute sur un site ?
Ne rien saisir, fermer l’onglet et rejoindre le service par une adresse enregistrée à froid. Si une phrase de récupération a été saisie sur un site douteux, il faut considérer les avoirs comme compromis et les transférer immédiatement vers un portefeuille neuf, créé sur un appareil sain.